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L'Éducation inclusive en action : Cinq points clés pour une adaptation de notre programme pour les adolescents autistes à Madagascar

  • Photo du rédacteur: Tahina Ramarolahy
    Tahina Ramarolahy
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture
Collaborateurs/rices, éducateurs/rices des centres partenaires et membres de notre équipe travaillant sur l'adaptation de notre programme pour les jeunes autistes.
Collaborateurs/rices, éducateurs/rices des centres partenaires et membres de notre équipe travaillant sur l'adaptation de notre programme pour les jeunes autistes.

Nous sommes fiers de pouvoir commencer à diffuser à l'échelle nationale notre éducation en compétences de vie au sein du système éducatif national, afin qu'elle soit accessible à un très grand nombre d'adolescents partout à Madagascar.


Mais nous tenons aussi à toucher les adolescents qui, traditionnellement, ne sont pas pris en charge par le système scolaire à Madagascar, comme les adolescents vivant avec un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA).


Pour tout adolescent, l’éducation en compétences de vie est plus qu’indispensable. Cette nécessité est d'autant plus grande pour les enfants autistes.


A Madagascar, les parents disposent souvent de peu d'outils ou d'informations pour accompagner les jeunes autistes. Il existe par ailleurs une certaine stigmatisation culturelle autour du développement physique, émotionnel et social de ces jeunes. 


De plus, « Les adolescents neuroatypiques — que ce soit fille ou garçon — sont plus à risque de vivre des violences », explique Saraha, notre responsable Apprentissage et Sauvegarde. « Distinguer les différents degrés de relation — qui est une personne de confiance, une connaissance ou un inconnu — peut s'avérer très difficile pour les adolescents autistes. Et lorsque ces adolescents ont des capacités verbales limitées ou des difficultés à exprimer ce qui leur est arrivé, il est encore plus difficile de signaler les abus ».


Servir ce public nous tenait à cœur, mais cela représentait un véritable défi. Une ré-observation accompagnée d'une adaptation complète a été indispensable pour que notre programme soit bénéfique et impactant pour ces adolescents aux besoins spécifiques.


Les 5 piliers d'une adaptation majeure


De juillet à novembre 2025, nous avons entamé un processus de révision et de refonte de notre programme pour les adolescents TSA. Nous avons réuni une équipe formidable d’experts en accompagnement des adolescents TSA et notamment les éducateurs.trices et bénévoles de la Fédération Autisme Madagascar ainsi que de l’association Autisme Madagascar.


1. Une réorganisation du curriculum


En revisitant notre curriculum avec ce nouveau profil d'élève en tête, nous avons réalisé qu'il fallait ajouter certains concepts fondamentaux — des acquis pour les jeunes neurotypiques, mais pas forcément pour des jeunes TSA. 


Au-delà d'une réorganisation du contenu autour de thèmes plus cohérents, nous avons donc introduit des pré-requis : comprendre le corps humain, identifier les émotions, le concept des cercles relationnels... Ce dernier point s'est révélé crucial pour aborder les limites et les relations saines.


2. Des adaptations linguistiques et pédagogiques pour faciliter la compréhension des adolescent.e.s TSA


Nous avons reformulé les consignes dans un langage plus simple, concret et direct. « Un apprentissage clé pour notre équipe était de ne pas penser que tout est évident. Il y a des choses qui peuvent paraître évidentes pour celui qui élabore le contenu, mais qui ne le sont pas pour l'adolescent TSA », remarque Saraha. Nous avons supprimé les métaphores, les doubles sens et les formulations abstraites. Nous avons transformé les concepts complexes en scénarios sociaux ou en situations concrètes, directement inspirées du vécu quotidien des adolescents TSA.


Mais l’une des grandes adaptations réside dans le développement systématique de nouveaux outils visuels pour l’ensemble des modules afin de soutenir la compréhension des contenus : des pictogrammes, des photographies réelles, des émoticônes et des vidéos spécifiquement adaptés aux besoins cognitifs des adolescent.e.s TSA.


Un atelier de retour et de validation du curriculum avec des collaborateurs/rices.
Un atelier de retour et de validation du curriculum avec des collaborateurs/rices.

3. Une individualisation des approches pédagogiques pour tenir compte des profils hétérogènes des adolescent.e.s TSA


Le curriculum d’origine de PJL repose sur une pédagogie participative et basée sur le jeu. Cette approche place l’élève au centre des apprentissages et mobilise des activités ludiques pour favoriser l’engagement, la compréhension et l’acquisition de compétences sociales et de vie.


Toutefois, chez les adolescent.e.s TSA, les profils cognitifs, sensoriels et relationnels sont très hétérogènes. Une activité ludique peut soutenir l’apprentissage et l’expression chez certain.e.s, mais provoquer une surcharge sensorielle, une incompréhension des règles implicites ou un retrait chez d’autres.


Nous avons donc adapté notre approche pour que le jeu soit un outil pédagogique modulable, mobilisé en fonction des besoins spécifiques de chaque adolescent.e TSA. L’éducateur.rice est guidé pour adapter la pédagogie participative et ludique de PJL en fonction des caractéristiques de chaque groupe.

Nous avons aussi formé les éducateurs.trices à comprendre et analyser les profils différenciés des adolescent.e.s TSA accompagné.e.s avant la tenue des séances éducatives.


Ils et elles ont été formés et outillés à l’utilisation d’évaluations de type CAPP. L’objectif est d’aider l’éducateur/rice à constituer intentionnellement des groupes d’adolescent.e.s présentant des caractéristiques similaires, afin de créer des conditions d’apprentissage cohérentes, sécurisantes et adaptées.


4. Des nouveaux outils et modules de formation pour les éducateurs/rices intervenant auprès des adolescent.e.s TSA


Nous avons développé une formation approfondie pour les éducateurs/rices, afin de les familiariser avec notre curriculum. Nous y avons intégré beaucoup plus de contenu théorique — notamment sur la confiance en soi comme fil conducteur du développement de l'estime et de l'affirmation de soi chez les adolescent·e·s autistes, ainsi que sur les prérequis en habiletés sociales : imitation gestuelle, contact visuel, attention conjointe, théorie de l'esprit.

« Même si je travaille déjà dans le secteur de l’autisme depuis plusieurs années, j’ai quand même appris beaucoup de choses et renforcé certaines de mes connaissances. » – Un éducateur qui a participé dans la formation
Lancement d'une de nos séances de formation avec les éducateurs/rices qui animeront notre programme au sein de leurs centres.
Lancement d'une de nos séances de formation avec les éducateurs/rices qui animeront notre programme au sein de leurs centres.

Tout en reconnaissant l'enthousiasme de la majorité des éducateurs/rices, nous restons attentifs au fait que le programme représente des responsabilités supplémentaires pour un personnel déjà surchargé. Nous avons donc développé de nouveaux outils — comme un journal de réflexion individuel pour les éducateurs — pour mieux les soutenir et prendre soin de leur bien-être.


5. Une intégration davantage des parents dans le processus d'enseignement et d'accompagnement


Page du livret destiné aux parents permettant de suivre la progression des élèves à travers les modules du curriculum.
Page du livret destiné aux parents permettant de suivre la progression des élèves à travers les modules du curriculum.

Les parents jouent évidemment un rôle essentiel dans le développement positif des adolescents. C'est encore plus vrai pour les jeunes autistes et pour ce programme, où beaucoup des thèmes abordés dans notre curriculum peuvent être renforcés à la maison. 


C'est pourquoi dans le cadre du programme d'enseignement dispensé au centre, nous avons inclus des fiches de travail spécifiques que les éducateurs peuvent envoyer avec les élèves à la maison, qui reprennent les messages clés de la leçon enseignée et proposent des activités pratiques que les personnes s'occupant des élèves peuvent réaliser pour soutenir la poursuite de l'apprentissage de leurs adolescents à domicile.

« Je comprends mieux mon enfant. Je sais maintenant ce que je peux faire en plus des éducateurs. J’ai beaucoup d’espoir en ce moment, je soutiens vraiment ce programme. » — Parent d'un enfant autiste ayant participé aux ateliers de co-création du curriculum

La suite


Après des mois de consultations, de révisions, de retours et de formations, le programme adapté est désormais en phase pilote auprès de plus de 100 jeunes adolescent·e·s autistes dans les centres éducatifs.


Les retours que nous recevons nous donnent espoir quant à l'expansion continue du programme pour répondre aux besoins de cette population, et nous offrent une direction pour continuer à l'améliorer. En nous appuyant sur les résultats de notre programme éducatif en centre, nous étudions désormais la possibilité de concevoir un kit pédagogique pouvant être animé par les parents ou tuteurs, destiné aux adolescents qui ne fréquentent pas de centres.


« Cette éducation va permettre aux jeunes autistes de prendre confiance en eux. J’espère que ça va leur faire comprendre qu’ils sont forts et qu’ils sont des personnes à part entière. » — Parent d'un enfant autiste ayant participé aux ateliers de co-création du curriculum

Ce processus d' adaptation a été riche d'enseignements pour PJL. « Beaucoup des adaptations que nous avons développées ont renforcé notre programme dans son ensemble, et nous permettront de toucher d'autres groupes de jeunes en situation de vulnérabilité », explique Saraha. Par exemple, le journal des éducateurs/rices sera intégré à l'accompagnement de nos enseignants/es en compétences de vie dans les collèges publics. La simplification du langage et le recours accru aux supports visuels nous ouvrent quant à eux de nouvelles portes — notamment vers les jeunes non scolarisés/es ou peu alphabétisés/ées.


Charlotte, qui a fait partie de l’équipe PJL travaillant sur ce projet, affirme la suite de notre mission : « Peu importe quel adolescent, nous voulons que chaque jeune à Madagascar, qu'il ait un handicap ou non, qu'il soit en milieu rural ou urbain, qu’il soit scolarisé ou non, ait accès à un programme qui répond à ses besoins humains fondamentaux. » Nous avançons, un pas à la fois !

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