Les assistants de recherche de Projet Jeune Leader : Le cœur d'une recherche de qualité
- Tahina Ramarolahy

- il y a 16 heures
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Depuis 2023, nous avons mené des recherches pour comprendre si notre programme – en particulier lorsqu'il est mis en œuvre dans certaines des écoles les plus rurales – peut promouvoir des relations plus saines chez les adolescents malgaches. Les résultats de cette étude vont énormément nous aider à obtenir des données fiables et essentielles pour nous attaquer à l’un des risques les plus critiques pour la sécurité et le bien-être des filles à Madagascar.
Plus de 5 000 adolescents ont participé à cette étude. Pour enquêter auprès d'un si grand nombre d'élèves, dans des zones aussi difficiles d’accès, nous nous sommes appuyés sur 50 assistants de recherche qui ont été formés et soutenus par nos partenaires de recherche de l'Université Johns Hopkins et l'équipe du PJL.
Malgré ce grand nombre de participants dans des conditions difficiles, nous avons constamment côtoyé des assistants de recherche professionnels, compétents et motivés dans leur travail. Nous nous sommes entretenus avec trois d'entre eux — Isabelle, Esmann et Helenos — pour comprendre leurs rôles et responsabilités de leur propre point de vue. Voici trois éléments qui, selon eux, ont fait la différence et ont contribué à une collecte de données de qualité :
1. Les compétences techniques
De la communication interpersonnelle à la manipulation des outils numériques, en passant par le respect strict des protocoles, nos assistants ont assuré une collecte de données rigoureuse.
Les assistants de recherche ont fait preuve d’une excellente maîtrise de la communication interpersonnelle. Cela inclut l’écoute active, l’expression claire, ainsi que la gestion des échanges et des émotions — un ensemble d'éléments clés qui a permis aux participants — qu'ils aient 10 ans, ou 18 ans — de comprendre la totalité du questionnaire et d’exprimer précisément leur avis.
Esmann explique : « Durant la discussion avec le participant, il est tellement important de rester calme. J’évite le jugement en étant bien attentif et activement à l’écoute. J’essaie de ne jamais interrompre quand le participant répond. Et surtout j’adopte quelques approches avant de commencer l’enquête : Je cherche avec le participant un endroit où il se sent bien à l’aise. J’essaie de bien s’entendre avec les participants pour qu’ils soient à l’aise durant l’enquête. Je rassure chaque participant que toutes ses réponses seront confidentielles. »
Hélénos, quant à lui, s’exprime ainsi : « Je me sépare de tout jugement ou déduction envers les participants. Je garde toujours un ton neutre quand je pose les questions pour ne jamais influencer les participants à donner des réponses selon mes tons. »
Par ailleurs, les assistants de recherche suivent rigoureusement tous les protocoles et critères de conduite d’enquête afin de recueillir des données de qualité et fiables.
Isabelle partage son expérience : « Je respecte toujours le choix du participant. Je fais en sorte que je maîtrise le questionnaire afin que l’enquête soit fluide. J’explique clairement au participant l’objectif de la discussion et ce que nous allons discuter. »
Un autre assistant de recherche a partagé ses points forts : « Je lis clairement toutes les questions. Je ne reformule, ni change ni explique les questions pour éviter que le sens des questions change en raison de l’explication à ma façon. Je suis l’ordre de questionnaire. J’assure toujours la confidentialité des réponses de chaque participant. Je rassure le participant que toutes ses réponses seront confidentielles. Je suis toujours de près les règles et critères sur la façon de conduire l’enquête. »
Au-delà de ces aspects méthodologiques, les enquêteurs ont veillé à d'autres critères essentiels. Ils ont adopté une posture de leadership positif, marquée par la prise d’initiative, la responsabilité et l’exemplarité. Enfin, ils maîtrisent parfaitement les outils de collecte de données ainsi que les outils informatiques en ligne, garantissant des données toujours bien organisées et identifiables.

2. Les compétences en matière de descente sur le terrain
Outre les compétences techniques, mener à bien une telle recherche exige de solides compétences de terrain. La majorité des collèges publics dans lesquels nous sommes intervenus se situent dans des zones difficiles d’accès, surtout compte tenu de la localisation très rurale de l'étude. Qu'il s'agisse de la route pour s'y rendre, des conditions d'approvisionnement en nourriture, le manque d'accès aux cliniques de soins de santé ou les conditions météorologiques, chaque déplacement représentait un véritable défi.
En majorité, les assistants de recherche se logent dans la maison des habitants locaux durant environ deux mois, vu que les zones de recherche se trouvent dans des villages qui ne possèdent ni hôtel ni chambre d’hôtes.
Esmann, quant à lui, partage sa méthode : « Dans les zones difficiles d’accès, les défis sont toujours existants, mais des solutions également. L’un des plus importants est de bien s’entendre et s’entraider avec l’équipe. Cette solidarité et cet esprit d’équipe donne beaucoup de motivation à affronter ensemble les défis. Je contacte en avance le directeur et les autres responsables locaux pour identifier la météorologie locale et les besoins nécessaires qu’on n’y trouve pas. La préparation est la meilleure solution après. Je prépare en avance des vêtements bien chauds avec des médicaments de prévention. Nous prévenons toujours aussi les autorités locales à notre arrivée pour rester toujours en sécurité. »
Faire de longues marches à pied, traverser des rivières par les moyens de transport locaux, voyager en charrette à zébu : tel a été le quotidien nécessaire pour atteindre les collèges publics partenaires. Isabelle nous raconte : « Les longues marches est l’un de mes plus grands défis. Je me prépare en avance psychologiquement et admets la réalité. Peu importe les défis, je suis prête et je vais faire un travail bien organisé. »
Cette grande capacité d’adaptation a été un atout majeur, mais c’est avant tout l’esprit d’équipe et la solidarité qui leur ont permis de surmonter les défis.
Esmann illustre cette cohésion : « Dans une équipe, chacun à ses idées et sa façon de faire les choses. Mais je ne mets pas de pression ni de contrainte sur les autres. Nous répartissons la responsabilité de chacun pour une fluidité de travail. Lorsqu’une tâche doit être accomplie, je fais le premier pas pour qu’il soit facile pour les autres de suivre. Une autre stratégie que j’adopte est de demander avec respect et bienveillance aussi à l'équipe de m’aider. »
Suite aux premiers retours des assistants de recherche, l'équipe a adapté la formation pour y inclure des sessions sur le travail en équipe, la communication intra-équipe, ainsi que sur l'expression et le respect des limites de chacun.
Isabelle ajoute : « Dans l’équipe, chacun a sa personnalité. Mais personnellement, je suis toujours l’instruction durant la formation pour vivre en harmonie avec l’équipe. Je pose mes limites et je respecte les limites des autres. »
Cette flexibilité, alliée à une solidarité, a été le véritable moteur de la bonne réalisation de cette recherche.
3. Maîtrise de l’approche axée sur la prise en compte des traumas
Lors d'enquêtes portant sur des sujets aussi sensibles comme cette recherche concernant la violence, le stress ou la détresse psychologique peuvent parfois surgir, que ce soit chez les assistants de recherche ou chez les participants eux-mêmes. Si elle est mal gérée, cette charge émotionnelle peut bloquer le bon déroulement de la recherche.
Heureusement, nos assistants de recherche étaient bien préparés à cette réalité.
Durant leur formation, un module entier a été consacré à la préservation de la santé mentale. L'objectif était double : protéger les assistants tout au long de la recherche, et leur donner les clés pour accompagner un participant manifestant des signes de détresse. Ils ont ainsi appris à détecter les signaux d’alerte et à appliquer les premiers secours psychologiques si une situation difficile se présentait.
Hélénos nous explique sa gestion de la santé mentale sur le terrain : « J’essaie de maîtriser mes pensées. Face aux paroles de participant, j'évite trop d’imagination sur ce qu’il affronte. Durant le débriefing avec l’équipe, je demande ce que les autres ont ressenti et j’écoute attentivement. »
Esmann poursuit : « J’essaie toujours de rester calme. Je me concentre bien pour identifier si le participant montre des signes de détresse. A chaque fin de la journée, je demande à l’équipe s’il y a quelque chose qui l’allourdit. Après cela, nous faisons du partage et tirons des leçons sur ce que nous avons vécu pendant la journée pour mieux le gérer la prochaine fois. »
Isabelle, enfin, témoigne des ressources à sa disposition : « Au moment où le détresse survient, j’appelle mon chef d’équipe. J’appelle aussi notre psychologue pour avoir les soutiens nécessaires. Je mets en pratique aussi les conseils que le carnet de soins (un livret conçu par Projet Jeune Leader pour prendre soin de la santé mentale). Comme par exemple, quand je sens une émotion lourde, je fais la respiration profonde, une pratique efficace qui m’aide à me soulager. »
En somme, la réussite de cette recherche repose directement sur l'engagement et les compétences de nos assistants de recherche. Qu’il s’agisse de la maîtrise des protocoles techniques, de la capacité à s'adapter aux zones difficiles d'accès ou de la gestion de la charge émotionnelle, ils ont su mener à bien leur mission avec sérieux et professionnalisme.
Tahiry, Coordinateur En Évaluation, Apprentissage, Et Redevabilité, qui à conduit quelques groupes d'assistants de recherches à s’exprimer comme ceci : « À chaque fois que je rends visite aux assistants de recherche sur le terrain, je ressens de la joie en observant la manière dont ils mènent la collecte de données. Je suis marqué par leur écoute active et leur patience envers les adolescents participants. Ils suivent rigoureusement les critères techniques et éthiques de la recherche. Je vois que la formation et le soutien qu'on leur donne ont porté leurs fruits. Cela prouve que nous sommes une équipe professionnelle et que les données que nous collectons sont de qualité. »
Ravaka, Assistante en gestion de projets de Recherche, quant à elle a partagé son point de vue : « Les assistants de recherche maîtrisent l’éthique de la collecte de données. Ils savent créer un environnement paisible en choisissant un endroit qui met les participants à l’aise. Ils font preuve de neutralité en évitant tout jugement envers les participants. Ils respectent la confidentialité des réponses de chacun ainsi que leur choix de participer ou non à la recherche. Enfin, ils entretiennent de bonnes relations avec les parties prenantes locales telles que les directeurs, les enseignant·e·s, les parents et les élèves. »
Un immense merci à nos 50 assistants de recherche ! Grâce à vos efforts et à la qualité des données que vous avez collectées, nous pouvons mieux protéger les adolescent.e.s contre les violences et faire avancer une éducation transformatrice en compétences de vie.


















